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Opéra
Rossini à l'opéra de Lausanne

Il est bon, malgré la neige, la pluie, le froid de quitter la capitale, pour voir et entendre des opéras en dehors de la Bastille et de l'opéra Garnier! Je reviens de Lausanne, où l'on avait programmé pour l'ouverture de la saison « L'Italienne à Alger » de Rossini. Or j'avais pu voir la reprise de cette même oeuvre au Palais Garnier, quelques semaines avant. Je suis passée de l'irritation proche de l'indignation, à l'enchantement.
On s'étonne qu'un homme de goût, comme le directeur de l'opéra de Paris - Nicolas Joël - ait pu décider de remonter une mise en scène aussi vulgaire! Mais oublions ce faux pas et restons dans le souvenir de cette merveilleuse « folie organisée » comme Stendhal l'appelait, représentée à Lausanne.
C'est un Rossini de 20 ans, qui pour sauver la saison du théâtre de Venise, écrit en vingt-sept jours cet opéra! Le jeune compositeur manifeste ici, déjà son génie. L'oeuvre met en valeur toutes les caractéristiques de l'écriture du musicien qui illustre le comique de l'opéra bouffe: exubérance rythmique, onomatopées qui amène la déformation comique du sens des mots...les situations invraisemblables s'enchainent, les quiproquos s'installent dans une franche gaité! Mais rien n' est vulgaire dans cette histoire abracadabrant et quand l'oeuvre est montée avec beaucoup de talents, on passe une soirée délicieuse.
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Extrait de l'opéra " L'Italienne à Alger " |
D'où vient cette réussite totale de l'opéra de l'opéra de Lausanne? Aussi bien de la mise en scène, que des décors, des lumières, des costumes, des chanteurs, et de l'orchestre... Rossini veut ici, mettre la femme italienne en valeur; elle est pétrie de bons sentiments: elle veut délivrer son fiancé détenu dans un sérail, punir le méchant « Mustafa » qui délaisse son épouse et tout cela grâce à la séduction qu'elle exerce sur le terrifiant Bey. Isabelle, la belle italienne ensorcelle bien l'homme sans lui accorder la moindre faveur...Anna Bonitatibus, la cantatrice qui incarne ce rôle est une femme éminemment séduisante, pleine d'abattage, qui assure les vocalises avec une aisance déconcertante; elle nous enchante, on ne peut pas rêver d'une Isabelle plus convaincante, son fiancé (Lawrence Brownlee) reste le célèbre Lindoro inégalé dans ce rôle et le personnage comique truculent de Mustafa ( Luciano Di Pasquale) assure avec sa belle voix de basse, une parfaite ligne de chant malgré une débauche de gags irrésistibles! Mais il faudrait citer tous les chanteurs de cette distribution très homogène. Et que dire de l'orchestre de chambre de Lausanne dirigé par Ottavio Dantone, il nous entraîne dans le charme de cette musique au rythme enivrant; l'élégance, la juste maîtrise de cette frénésie démontre un grand talent. Ces qualités musicales sont magnifiquement mises en valeur, par un remarquable metteur en scène (Emilio Sagi). Il enchaîne les différentes situations de cet opéra bouffe en multipliant les trouvailles et les idées judicieuses, pleines de poésie. Toute la représentation se déroule dans un écrin magnifiquement éclairé (Eduardo Bravo), qui passe par les couleurs du drapeau italien.
Bref, cette production exceptionnelle méritait bien quelques heures de train! Et puis on se pose des questions: pourquoi ce talentueux directeur d'opéra français - Eric Vigié - ne dirige-t'il pas en France, un de nos grand théâtre lyrique? On aurait pu nous éviter la présence de monsieur Mortier qui a mécontenté bon nombre d'abonnés! Mais comme chacun sait: «nul n'est prophète dans son pays»...
Edith Walter.
Une vie musicale au nouvel auditorium de l’Opéra de Dijon

Je reviens de Dijon où l’association de la Presse Musicale Internationale était invitée pour assister à une représentation de l’opéra de Serguei Prokofiev : « L’amour des trois oranges ». Je ne connaissais pas ce nouvel auditorium de l’Opéra Dijon, qui pourtant, au moment de son inauguration en juin 1998, a fait grand bruit. J’ai été éblouie par sa forme extérieure majestueuse, par le gigantisme de la salle – elle a une capacité d’accueil de 1600 places – par l’immensité de la scène, avec ses deux planches amovibles, qui permettent de jouer sur plusieurs niveaux…Le tout, réalisé avec des matériaux nobles, le choix des pierres, du bois, du marbre permet de déambuler dans un lieu grand, noble et chaleureux. L’acoustique, grâce aux conquêtes techniques de dernières années est aujourd’hui - dit-on – une des meilleurs du monde.
A la tête de ce magnifique vaisseau se trouve un jeune directeur général artistique, Laurent Joyeux, particulièrement ambitieux et dynamique ; en collaboration avec un autre jeune, Olivier Leymarie, chargé de la production. Ils proposent, depuis leur arrivée, une programmation assez étonnante. Avec un budget relativement modeste, ils invitent les plus grandes orchestres, comme pour la saison prochaine, l’orchestre de London Philharmonique, celui de Luxembourg, celui du Dresde. Ils attirent, pour la musique de chambre, les meilleurs trios, quatuors, un bon nombre de grands solistes, aux prix de places ne dépassant jamais cinquante euros, qu’il s’agisse de la saison d’opéras ou de leurs concerts. A Paris les concerts ou opéras de ces mêmes musiciens coûtent deux à trois fois plus chers. On croit rêver ! Il faudrait encore vous parler d’une action pédagogique dans les écoles, très bien conduite.
Ce souci est lié à une autre démarche originale, la présence d’artistes, de compositeurs et d’ensembles en résidence, chargés de rendre familier des œuvres de répertoire auprès d’un large public : le choix de ces musiciens initiateurs n’est pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de David Grimal, un des grands violonistes d’aujourd’hui et du collectif d’artistes qu’il a réuni : « les Dissonances ». Citons encore la présence d’Emanuelle Haïm et son « Concert d’Astrée » ou celle du compositeur Brice Pauset.
Le TGV nous emmène en 2h:40 à Dijon. Pour nous, les Parisiens, cette ville devrait nous permettre d’assister à des opéras et à quelques concerts aux prix d’une place de cinéma ou de théâtre.
Si l’effort de cette ville pour la musique pouvait être contagieux, nous pourrions devenir assez vite un des pays de l’Europe, le plus musicien.
Edith Walter.
Billy Budd de Britten à la Bastille : reprise d’une somptueuse production

L'opéra de Paris, comme tous les opéras du monde, alterne les reprises d'œuvres déjà montées avec de nouvelles productions présentées pour la première fois. Sans doute, le public le plus assidu souhaite voir des mises en scènes différentes, avec des distributions jamais vues, jamais entendue, qu'il s'agisse des « Noces de Figaro », de « Parsifal » ou de la « Traviata »…mais, lorsque un théâtre juge bien venu de représenter plusieurs année de suite une œuvre, dans les mêmes décors, les mêmes lumières, la même mise en scène, on peut être sûr qu'il s'agit d'un spectacle de grande qualité.
La reprise de l'opéra de Britten "Billy Budd" en est un exemple spectaculaire! En avril 1996 le public parisien découvrait la mise en scène de l'américaine "Francesca Zambello". Crée à l'origine à Genève en 1994 puis représentée encore à Paris en 1998 et en 2001. Les 16 ans passés depuis la création, n'ont pas donné une ride à cette magnifique production! « Billy Budd » est un des chefs d'œuvre de Britten, mais cet opéra n'exerce pas les séductions, l'onirisme que diffusent de nombreuses œuvres lyriques. Il s'agit d'une parabole sur l'innocence d'une victime crucifiée, d’après une nouvelle de Melville.
Tout se passe dans l’unité de lieu, cadre d'un grand vaisseau où les hommes s'affrontent, les bons et les mauvais! Billy Budd, matelot courageux, généreux, incarne l'ange sacrifié; référence au martyr du Christ.
En quelques mots voici le déroulement du drame :
A bord du vaisseau de guerre « L’Indomptable », plusieurs matelots d’un navire marchand sont enrôlés de force. Parmi eux se trouve Billy Budd, jeune homme d’une grand beauté, plein d’énergie, de gaieté, de lumière…Son charisme subjugue tout l’équipage. Mais, le maître d’armes ne supporte pas l’attirance physique qu’il exerce inconsciemment sur lui. Il devient envieux, jaloux et développe à son égard une haine irrépressible. A la candeur et l’innocence de Billy Budd, s’oppose le démoniaque Claggart (Gidon Saks). Celui-ci l’accuse devant le capitaine du bateau de fomenter une mutinerie et d’agir en traître de l’Angleterre. Billy Budd médusé, sidéré par l’infamie de ces accusations retrouve son vieil handicap, il bégaie. Alors, dans un geste incontrôlé, il frappe le maître d’armes, qui tombe mort. Le capitaine connaît et croit à l’innocence de sont matelot. Mais, comme Pilate, sa lâcheté l’empêche de le sauver et Billy Budd meurt en martyr.
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Extrait de Billy Budd, opera, Op. 50- Revised version, 1961
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La mise en scène de Francesca Zambello nous emmène sur ce bateau magique qu’elle a imaginé et nous vivons pendant tout ce drame dans une tension qui ne faiblit jamais. Billy Budd, ici Lucas Meachem a le physique d’un héros de cinéma. Il assume bien ce long et grand rôle, mais la vedette vocale de cette soirée est le méchant capitaine d’armes, Gidon Saks. Il a une présence diabolique et une voix magnifique. Tout est à citer dans cette production exemplaire. On ne peut quand même pas passer sous silence le somptueux chœur de l’opéra de Paris et la direction d’orchestre de Jeffrey Tate, précise, subtile, intelligente est lumineuse.
Edith Walter
Idoménée de Mozart, une production dirigée par Philippe Hui et mis en scène par Luc Bondy, au Palais Garnier
Pour la 3ème fois l'opéra de Paris a redonné la production d'Idoménée, mise en scène par Jean Luc Bondy au palais Garnier. Je retournai avec enthousiasme revoir et entendre cette partition pleine de fougue, de passion, de tendresse…d'un jeune Mozart de 25 ans, et j'entraînai, pour partager mon émotion musicale un couple d'amis. Initiative malheureuse qui leur valu un ennui pesant! Ce faux pas m'a incité à réfléchir sur l'œuvre et sur le spectacle.
Je serais de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas les faiblesses de cette production : décors tristounets (des monticules en carton pâte sont sensés évoquer le sable des dunes…) des costumes souvent misérables (l'héroïne Ilia en blouse blanche arbore de vilaines baskets). Pire, les voix des 3 femmes sont honnêtes sans plus, le chef d'orchestre Philippe Hui qui remplace Emmanuelle Haim n'obtient pas le meilleur de cet orchestre… Bref cette production a fait son temps, et pourtant la musique de Mozart m'a profondément émue.
Idoménée est l'œuvre d'un jeune homme qui perçoit et exprime tous les sentiments humains avec une intensité stupéfiante. Le premier grand opéra de Mozart pêche à cause d'une forme stérilisante, celle de l'opéra séria. Seul les récitatifs raconte l'histoire, et suivent systématiquement les airs qui exposent et expriment les sentiments des personnages. Ce qui paralyse le ressort de l'action. Mozart hérite de cette forme traditionnelle avant de s'en libérer avec les grands opéra de la maturité; mais son génie lui permet d'insuffler les forces de la vie et de créer une continuité dramatique;
Comme dans la Bible où Jephté doit sacrifier la première personne qu'il rencontrera, qui se trouve être sa fille, Idoménée, pour calmer la fureur de Neptune, promet de sacrifier le premier être qu'il rencontrera sur le rivage, et celui-ci sera son fils. Par ailleurs ce fils, Idamante, est aimé et aime Illia la fille du roi ennemi, alors que la célèbre Electre se meurt d'amour pour lui. Mozart désacralise les sentiments de ces personnages mythologiques ou légendaires. En les faisant passer par le prisme de sa sensibilité, il les rend universels et intemporels, proches de tout être humain. Comment ne pas penser au drame du tsunami, ou à Haïti en entendant la beauté de ses chœurs et la prodigieuse richesse instrumentale qui exprime la tourmente et l'effroi d'un peuple devant le cataclysme provoqué par Neptune ?
Comment rester insensible à l’intensité des airs d’Ilia et d’Electre, où tous les sentiments d’amour, de tendresse, de révolte, de rage, du dépit amoureux font toujours partie de nos vies présentent…
Et pourtant, cette partition bouillonnante d’idées et de passions n’est pas un opéra vraiment réussi et on comprend qu’une représentation plutôt médiocre, puisse empêcher certains spectateurs de rentrer dans le drame Mozartien.
Cet opéra séria nécessite beaucoup de talent à tous les niveaux, pour que les faiblesses de l’œuvre disparaissent devant la splendeur de la musique du fougueux et génial Mozart.
Edith Walter.
+ Idoménée à l’opéra de Paris http://www.operadeparis.fr
La ville morte
La ville morte ressuscitée

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Extrait de La Ville Morte par Erich Wolfgang Korngold
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Et internet : http://www.operadeparis.fr
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