La firme « Harmonia Mundi » propose chaque année pour les fêtes de Noël un coffret qui rassemble quelques uns de ses plus beaux enregistrements sous le titre « Les Lumières de la Musique du XVIII° siècle » et du début du XIX° . On retrouvera donc dans ce superbe coffret quelques uns des meilleurs titres de la firme : Mozart – avec entre autre les « Noces de Figaro » dans son intégralité (3CD) sous le direction de René Jacob, l’opéra de Rameau « Castor et Pollux »(3 CD) avec les Arts Florissants sous la direction de William Christie, et celui de Glück « Orfeo et Euridice » (2CD ) avec René Jacobs et ses musiciens , Beethoven, Haydn, le clavecin de Rameau avec Christophe Rousset, Vivaldi, Bach (Père et Fils.) Telemann, l’Oratorio de Haendel avec Salomon etc… Un siècle de musique que l’on retrouve tout bouillonnant de culture et de passions baroques qui annonce souvent le prè-romantisme du XIX°. Pièces sacrée et profanes, orchestrales ou vocales avec les meilleurs artistes toujours fidèles à la firme Harmonia Mundi. Un superbe et lumineux cadeau pour les fêtes (50 Euro).
Claude Ollivier
Christoph Willibald Gluck : Ezio Sonia Prima : Ezio – Ann Hallenberg : Fulvia – Max Emanuel Cencic : Valentiniano – Topi Lehtuu : Massiano – Mayuko Karasawa : Onoria – Julian Pregardien : Varo. Il Complesso Barocco dir. Alan Curtis Virgin Classics 509990709292 (2CD)
C’est le plus bel opéra de Gluck – un drama musica - composé en 1750 ( version originale, dite de Prague) douze ans avant la première du célèbre « Orfeo et Euridice » à Vienne. C’est un opéra « héroïque » écrit sur un livret simple, bien composé et très lisible de Métastase et dont le sujet se situe avant la chute de l’Empire romain : Massimiano veut se venger de l’empereur Valentiniano en instrumentalisant l’amour que son fils Ezio porte à sa fille Fulvia. Gluck compose un opéra quasi révolutionnaire qui changera le langage musical de l’époque en concentrant tout son génie musical sur l’humanité et l’émotion qui habitent ses personnages dans des situations dramatiques. Ce sont trois heures d’opéra pour lesquelles le chef Alan Curtis a privilégié un trio vocal exceptionnel avec dans le rôle titre Sonia Prima, contralto au timbre profond qui excelle dans ses arias « Ecco alle mie catzno, ecco a morir m‘invio… » (fin du deuxième acte)…dans celui de Valentiniano le remarquable et toujours bien présent dans ses rôles de contre-ténor Max Emanuel Cencic ou la très séduisante mezzo soprano Ann Hallenberg. L’ensemble « Il Complesso Barocco » rompu au plus pur style baroque se fait complice de cette très belle réalisation à recommander..
Claude Ollivier
Alexandrina Pendatchnaska sop : Agrippina Jennifer Riivera, mezzo : Nerone Sunhae Im, sop. Poppea Bejun Mehta, Contretenor : Ottone Marcos Fink, basse : Claudio Neal Davies, basse : Pallante Dominique Visse, Narciso : Contretenor Daniel Schutzhard, basse : Lesbo. Akademie für Alte Musik de Berlin dit. René Jacobs Harmonia Mundi 902088.90 (3CD)
L’opéra Agrippina de Haendel est un « Dramma per musica » composé pour le carnaval de Venise de 1709-1710 qui raconte en musique sur un texte de Vincenzo Grimani l’histoire d’ Agrippina « la jeune », la veuve de Néron, lors de la chute de l’empereur romain Claudius .C’est sans doute le meilleur opéra du « Caro Saxone » qui remporta dès sa première représentation à Venise un succès flamboyant avec ses vingt-sept reprises ! Une musique novatrice qui en partie est empruntée en accord avec la coutume du temps à beaucoup des propres œuvres antérieures de Händel ( La Résurrectione , Aci Galatea e Polyphemo, Nel Triompho del tempo e del Disinganno…) et même à celles d’autres musiciens du temps. tout en restant dans un style typiquement haendélien dans ses airs, ses chœurs ou son orchestre. Il faut dire que René Jacobs a entrepris ici une reconstitution de l’œuvre aussi bien dans les « arias » que dans les « récitatifs » en « retrouvant ainsi la conception originale d’un authentique « opéra métaphorique » dans toute son actualité et sa modernité (cf. le livret bien documenté) . Une équipe de solistes bien homogène autour de l’admirable soprano bulgare dans le rôle titre (air du premier acte : « L’alma mia fra le tempeste ritrover spera il suo porto ! » et surtout bien engagée dans leur personnage, des chœurs fortement structurés et d’une extrême vitalité et un orchestre qui entre de plein cœur dans un opéra de feu mené par René Jacobs et sa rayonnante autorité doublée d’ un sens très haendélien pour un chef d’œuvre qui ne peut laisser indifférent .
Claude Ollivier
Tomas Luis de Victoria Sacred Music Ensemble Plus Ultra dir. Michael Noone Archiv Production 00289 477 9747 coffret de 10 CD
Tomas Luis de Victoria peut être considéré encore de nos jours comme le plus grand compositeur polyphoniste de la renaissance espagnole. Il est né à Avila en 1548 d’une famille profondément chrétienne, baptisé en l’église Saint Jean Baptiste d’Avila, sur les fonds baptismaux ou fut baptisé Sainte Thérèse. Toute sa formation spirituelle et musicale fut imprégnée de le reforme avec Saint Ignace de Loyola et « La Madre» Sainte Thérèse d’Avila et à l’ombre de la cathédrale comme petit chanteur qui devait se consacrer entièrement au service du chant liturgique avec les œuvres sacrées des grands polyphonistes espagnols de ce temps .. Ordonné Prêtre il fit un voyage à Rome et se lia d’amitié avec Palestrina et saint Philippe Néri (il entra à l’oratoire en 1578)) et de ce fait entra dans le mouvement du Concile de Trente redonnant toute l’importance au chant sacré au service de la seule parole liturgique, Mais il voulu prendre ses distances d’avec l’esprit contraignant et trop romain des motets palestrinien pour rester attaché à la tradition espagnole plus chaleureuse et plus vivante .De retour à Avila et à Madrid il se mit entièrement à la disposition du service liturgique de son église pour renouveler une pratique authentique du chant sacré « ce que les autres diront de moi ne me cause aucune souffrance… ». Il entreprend alors un travail considérable qui va rythmer tous les instants de sa vie en restant dans la tradition d’Avila, une ville conventuelle où abondent monastères de frères, de moines et de religieuses et c’est dans cette ambiance que Victoria vécut , il en garda le reflet dans son âme sacerdotale pendant tout le reste de sa vie ( il est mort le 27 Août 1611) Aucune trace de musique profane dans son catalogne mais des compostions exclusivement religieuses et vocales (50 Motets, 20 Messes, 30 hymnes pour divers temps liturgique, célébration des trois jours de la semaine sainte avec les repons, les lamentations, les leçons, les hymnes et les antiennes, 16 Magnificat, sept Psaumes pour les Vêpres, 3 séquences et diverses antiennes à la Vierge Marie et ses quatre Salve Regina et son chant du cygne avec l’office des défunts ( messe de Requiem à six voix…) qui est un véritable chant d’espérance C’est l’ensemble espagnol « Plus Ultra » dirigé par Michael Noone qui nous dresse ici dans un superbe coffret de dix CD (mais sans aucune traduction française dans le livret…) à l‘occasion du 400° anniversaire de la mort de Thomas Luis de Victoria une sorte d’inventaire des multiples facettes de sa musique sacrée. Un chœur très homogène et dont les voix donnent souvent l’apparence d’un accompagnement orchestral sur les voix principales sans jamais tomber dans les travers de la procédure ou de la fausse rectitude et surtout un chœur habité par une conviction rayonnante qui rejoint bien les forces spirituelles d’une musique authentiquement sacrée de Victoria tout au service d’une liturgie de la Louange.
Claude Ollivier
Montserrat Figueras sop. - La Capella Reial de Catalogne - Hesperion XXI dir. Jordi Savall Livre-Disques Alia Vox et DVD AVSA 9875 (3CD)
A l’occasion de la célébration de la naissance de Saint François Borgia (Gandie 510 - Rome 1572) dernier des membres de la sulfureuse « Dinastia Borgia » Jordi Savall et Montserrat Figueras et ses musiciens ont élaboré dans un livre-disque une fascinante fresque historico-musicale sous-titrée « Eglise et pouvoir à la renaissance – Un témoignage musical » C’est une véritable somme très élaborée sur cette époque marquée par une dynastie faite d’ombres et de lumières, corrompue, dépravée et cruelle, et qui a laissé dans son sillage une grande époque culturelle et universelle celle de la Renaissance avec Alphonse (Calixte III), Rodrigue (Alexandre VI), Juan, César , Lucrèce et …Saint François Borgia. Au-delà du mythe et des réalités Jordi Savall a voulu faire une sorte d’inventaire de ce temps de créations musicales animé par de grands mécènes, par des hommes ouverts au mouvement des idées, des grands musiciens et même un Saint...
Trois parties du livre accompagné de trois CD élaborent un itinéraire qui va de la Valence musulmane du XIII° siècle jusqu’à la canonisation de François Borgia en 1671 . La Première partie de cet itinéraire traite des chemins vers le pouvoir et les origines et l’expansion d’une dynastie (1238-1492). La deuxième partie se centre sur les années de la Papauté d’Alexandre VI « Supremus est mortalibus : comble et fin d’un rêve… » (1492-1509)). La troisième partie est le passage du règne convulsif d’Alexandre VI au triomphe spirituel de Saint François Borgia (1510-1671). Chacune de ces sections est illustrée par des musiques les plus représentatives de leur temps provenant de chansonniers de Montecassino, Palacio, Duque de Calabria et Gandia. Ces œuvres sont signées par les plus grands compositeurs du temps : Cornago, Cristobal de Morales, Lluis del Milà, Bartomeu Carceres, Mateo Flecha et Cabanilles ou des grands maîtres européens de la même époque : Gilles Binchois, Guillaume Dufay, Josquin des Prez, Heinrich Isaac ou Claude Goudimel. Cette admirable épopée historico-musicale est complétée par la proclamation de textes (éloges, critiques y compris le célèbre ban d’expulsion des Maures de 1609)
« La beauté et l’émotion des ces musiques, dira Jordi Savall, donnent une nouvelle vie aux moments phares d’une époque convulsive et extraordinaire et nous rapprochent d’une façon plus objective et émouvante de la réalité sociale et culturelle du temps de la Dinastia Borgia »
Claude Ollivier
L’Opera du Roy : Atys de Lully Romain Champion (Atys) , Bénédicte Tauran (Sangaride), Amaya Dominiquez (Cybéle), Aimery Lefèvre (Célénus) _ Le Chœur du Marais, la Symphonie du Marais dir. Hugo Reyne. Musique à la Chaboterie : Accent Tonique 605.008 (3CD)
C’est le quatrième opéra de Lully sur le texte de Quinault qui fut crée le 10 Janvier 1676 au château vieux de Saint Germain en Lay. Il fut joué à la cour de Versailles plus d quatorze fois mais aussi à Lyon, à Marseille, à Rennes, à Rouen et à Bruxelles…C’est dire le succès de cet opéra donné du vivant même de Lully et de Louis XIV et qui fut vite surnommé « L’opéra du Roy » . Cette célèbre tragédie en musique a retrouvé son image de marque lors de la représentation donnée à l’opéra comique de Paris en 1986 par William Christie et ses « Arts Florissants » dans une superbe et très baroque mise en scène de Jean Marie Villegier. Hugo Reyne dans cette nouvelle et très travaillée version a voulu reprendre le flambeau en rapprochant surtout les textes d’avec la musique de par un travail fouillé sur la prononciation des chanteurs et des chœurs : tout alors devient vivant, dynamique et étonnement présent de par l’engagement d’une génération nouvelle de chanteurs et de musiciens dans le renouveau actuel de la musique baroque. Un livret de 120 pages bien documenté accompagne le coffret et permet de bien saisir la dynamique de cet opéra du Roy.. Louis XIV ayant demandé à Madame de Maintenon lequel des opéras elle aimait le mieux elle répondit sans hésiter Atys de Lully ..et le Roi de répondre : « Atys est trop heureux… » - Claude Ollivier
Gustav Mahler Symphonie n°2 « Résurrection. Alice Coote, Natalie Dessay –Orfeon Donostiarra - Orchestre symphonique de la Radio de Frankfort dir. Paavo Järvi Virgin Classics 694586
Paavo Järvi qui vient de prendre la direction de l’orchestre de Paris, nous livre ici une version qui peut s’inscrire parmi les plus mahlérienne du catalogue ( encombré ) de la discographie signée par les plus grands ( Klemperer, Walter, Bernstein ). Une intensité d’expression, une rigueur dans la construction, une cohérence de fond intégrant le chœur, les deux voix de solistes et un orchestre aux accents flamboyant. C’est une véritable méditation sur la mort et la vie et la force de la Résurrection «Ressusciter, oui, tu ressusciteras, ma poussière, après un court repos ! » et Mahler ajoutera au texte son commentaire propre : « Je mourrai pour vivre » Tous ces accents prophétiques on les retrouve dans leur force expressive mais aussi sous une certaine forme d’humilité musicale dans cette version qui va au fond des cœurs : superbe et impressionnant de vérité
Francis Poulenc : Musique de chambre avec vents. Claire Désert et Emmanuel Strosser – Les solistes de l’Orchestre de Paris Accent Tonique INDE013
Les instruments à vent ont toujours tenu une place de choix parmi les œuvres de musique de chambre de Poulenc , ce sont des œuvres qui ont été composées entre 1918 et 1962 et qui se présente comme une sorte d’écho aux différente étapes de la vie du compositeur : les deux guerres mondiales, la perte d’un ami qui le fera revenir à un profond retour à la Foi catholique, on retrouve aussi les diverses influences artistiques qu’il côtoya : le jazz, le cinéma, la peinture etc.….Ce sont les excellents solides de l’orchestre de Paris dans la grande tradition des vents français qui nous font revivre ces tableaux vivants comme (en première mondiale) la brève pièce pour flûte seule, qui ouvre le programme, une sorte de complainte poignante intitulée « Un joueur de Flûte » retrouvée à New York et qui date d 1942 durant l’occupation…
Baltic Runes. Oeuvres de Tormis, Sibelius, Krenek, Bergman Estonian Philharmonic Chamber Choir dir.Paul Hillier Harmonia Mundi MC 807485 (Production USA)
Ce sont des chants nordiques qui s’inscrivent sur les traces traditionnelles de la musique chorale populaire des régions balto-finnoises, des œuvres composées par les grand noms de ce temps : Jean Sibelius, Ernst Krenek ou de ces contemporains tels Erik Bergman ou Veljo Tormis. Ces « Runes » ou poèmes ou chants incantatoires en solo, duo ou alternés avec chœur, sont donnés avec le chœur de chambre Estonien dirigé par Paul Hillier : on est vite conquis par l’affinité de fond, l’engagement et la perfection de ce chœur pour traduire ces « Runes baltes » qui vont au fond même de l’âme de ces peuples nordiques. A découvrir.
Osvaldo Golijov : La Passion selon selon Saint Marc Biella Da Costa (latin-american alto) – Jessica Rivera (soprano) Schola Cantorum de Venezuela Orquestra La Pasion Simon Bolivar Youh Orchestra of Venezuela (membres) dir. Maria Guinand Dg 477 7461 (2CD)
C’est une œuvre profondément œcuménique commandée en l’an 2000, deux cent cinquante ans après la mort de Bach, par l’académie Bach internationale de Stuttgart à Osvaldo Gilijov, musicien d’origine juive ( né en 1960) et qui a grandi en Argentine (La Plata) dans une famille de l’Europe de l’Est marquée par les traditions de musiques religieuses et Klesmer juives et celles du New York Tango d’Astor Piazzola. Il a voulu donc rapprocher dans une œuvre quasi prophétique « Pasion segun San Marcos » les grandes traditions de la musique sacrée entourant les récits évangéliques autour de la Passion du Christ. Ce sera donc un appel aux Passions de Cantor de Leipzig, Jean Sébastien Bach (les Passions selon saint Mattieu et selon saint Jean) mais aussi à des œuvres d’origine latino américaine, catholique ou celles des religions « Yoruba » apportées par les esclaves affranchis. Une véritable synthèse qui suit le récit de Saint Marc avec le procès, la trahison, le crucifixion et la mort de Jésus , une fresque sacrée qui porte à la méditation sous une forme d’oratorio populaire, sorte de spectacle de rue sur les récits évangéliques comme le sublime récitatif de l’évangéliste entremêlant les paroles de Jésus placées dans un halo de sonorités de cordes sur un commentaire du chœur et des voix solistes.. Se déroule ainsi un impressionnant drame d’une intensité bouleversante qui ne laisse pas indifférent et semble même contraindre l’interprète comme le public à prendre part à la Passion. Ce relief spirituel tire ses sonorités, ses accents, ses rythmes de la vie d’un village du Brésil ou de Cuba. L’espagnol reste la langue dominante du récit mais qui a été « africanisé » par les instruments à percussion, d’autres langues fion aussi irruption : la latin pour les lamentations de Jérémie, l’araméen (la langue de Jésus) dans le « Kaddish » l’envoûtante prière finale pour les morts. Claude Ollivier
Le Royaume Oublié
La croisade contre les Albigeois – la Tragédie Cathare Montserrat Figueras, Pascal Bertin , Marc Maurillon, LluisVilamajo, Furio Zanasi. Hesperion XXI – La Capella Reial de Catalunya dir.Jordi Savall. Un livre-disque Alia vox AVSA 9873 A/C
Jordi Savall et ses musiciens continuent donc par le livre-disque à proposer une sorte d’inventaire historique des musiques, poèmes ou récits d’une époque clef tant pour l’histoire de la musique que pour celle des fondamentaux de la Politique : ce sera le temps de la mémoire historique occitane et Cathare à l’occasion du 800°anniversaire de la croisade contre les albigeois , celui des Troubadours en pays d’Oc, fruit d’un travail rigoureux qui durant des années a rassemblé chanteurs, instrumentistes , historiens et chercheurs spécialisés pour réveiller une mémoire historique, occitane et cathare à travers poèmes , récits en langue occitane et chansons. Se dessine alors une immense palette musicale des plus variée qui permet de faire revivre par la musique et le récit tout une siècle d’histoire , de la richesse de la culture troubadouresque ( la Chanson de la croisade Albigeoise) à la violence des persécutions (la tragédie des « Cathares » ou « bonhommes ») toujours par la beauté, l’émotion et la poésie « les Sirventes » d’un « Royaume oublié » pour un grand moment d’émotion et de mémoire.
Le livre disque présente alors sept tableaux :
- Les Origines du catharisme , orient et occident (950-1099)
- L’essor de l’Occitanie (1100-1159)
– L’expansion du Catharisme (1160-1204)
– Vers l’affrontement (1204-1208)
– La croisade contre les Albigeois (1209-1229)
– L’Inquisition ; persécution des Cathares et élimination du Catharisme (1200-1300)
– La diaspora vers la Catalogne et la fin des Cathares orientaux avec la prise de Constantinople et de la Bosnie par les troupes ottomanes(1309 -1463).
« Huit siècles ont passé, et le souvenir de cette croisade contre les Albigeois ne s’est pas effacé, dira Jordi Savall, il éveille encore le chagrin et la pitié. Au-delà des mythes et des légendes la destruction de la mémoire de cette formidable civilisation qui était celui du « pais d’Oc » , devenu donc un véritable « Royaume oublié », la terrible tragédie des Cathares ou « Bons Hommes » et le témoignage qu’ils ont donné de leur foi, mérite tout notre respect et tout notre effort de mémoire historique ».
La firme discographique « Harmonia Mundi » nous invite à célébrer Noêl avec un somptueux coffret de 29 disques (plus un CD-Rom PDF textes choisis) pour un exceptionnel voyage musical au cœur même des trésors de la musique sacrée. Un voyage qui nous entraine sur le chemins du moyen âge à nos jours, des premières chants de l’ère chrétienne jusqu’à à la messe de Leonard Bernstein , de Leonin, de Guillaume de Machaut aux grandes polyphonies classiques : Soixante dix chefs d’œuvre dans leur intégralité pour un magnifique chemin de Foi à travers le temps .
Grands oratorios (Scarlatti, Haendel, Jean Sebastien Bach, Menselssohn) , Motets et Messes polyphoniques, Stabat mater et Vêpres ( Monteverdi) , Requiem de Mozart à Duruflé, Chant Orthodoxe et Chant Grégorien dans ses diverses écoles (Chant Ambrosien, Chant Vieux Romain, Chant Beneventain, Chant Mozarabe…) etc…Tout est ici resserré dans coffret au prix très abordable (50 Euros) qui permet de retrouver les grands interprètes toujours fidèles à la firme Harmonia Mundi et qui contribuent ainsi tout au long de l’histoire du disque à mettre ces grandes heures de la musique sacrée au cœur de notre temps, et de notre vie.…
Claude Ollivier
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Amoveo / Répliques / Genus
« Mouvement » dans tous ses états
Trois ballets de chorégraphes contemporains sont actuellement à l’affiche de l’opéra Garnier : celui de Benjamin Millepied et la reprise de son « Amoveo », la création de la première chorégraphie pour le ballet de l’opéra de Nicolas Paul « Répliques »et la reprise du « Genus » de Wayne Gregor. Trois ballets pour un seul « Mouvement » en trois Etats qui puisent à la source vive de la Danse...
Ce sera d’abord la reprise du ballet de Millepied qui ouvre le bal : Amoveo » ( du latin Moveo ou mouvement) sur une musique de Philip Glass extraite de son opéra « Einstein on the Beach » et les décors très géométriques et colorés tout en mouvement imperceptible qui enveloppent les danseurs pour souligner leur rencontre amoureuse : Aurélie Dupont avec Nicolas Leriche tracent l’itinéraire intérieur d’un jeune couple tout en mouvement parfaitement maitrisé dans leurs entrelacs et combinaisons incessantes et toujours renouvelées dans leur quête d’absolu. Le deuxième ballet de la soirée est consacrée à la création de « Répliques » de Nicolas Paul sur une musique très contrastée de Gyorgy Ligeti : une chorégraphie difficile dans son abstraction et sa constante retenue mais qui dans sa profondeur cherche le repli le plus secret des âmes et des cœurs à travers un miroir , leurs « Répliques »,qui interroge toujours l’individu sur le sens multiple de leur personnalité : ce seront quatre couples pour un ballet très technique et très virtuose et toujours maîtrisé dans des figures toujours en « Mouvement » à travers leur double.
Ce sera en conclusion la reprise de la chorégraphie de l’anglais Wayne Mcgregor : « Genus » sur une musique électroacoustique de Joby Talbot et Deru, un ballet inspiré des théories de Darwin sur « l’origine des espèces » et l’évolution des corps dans leur mouvement et leur représentation anatomique, des corps « qui luttent pour leur existence ». C’est une chorégraphie très technique et cohérente dans ses mouvements incessants jusqu’au vertige des corps poussé aux limites du virtuose « Une plongée dans le monde d’aujourd’hui et de demain …et dans lequel les frontières du temps et de l’espace sont chaque jour un peu plus repoussés. »
Claude Ollivier (7 Novembre 2009)
+ A l’opéra Garner : Ballets de Millepîed, Paul et McGregor. Jusqu’au 22 Novembre 19h.30. Res. 08 92 89 90 90. Internet : www.operadeparis.fr
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Joyaux - George Balanchine
Incandescence
« Jewels » ou « Joyaux » c’est le ballet de Georges Balanchine qui retrouve l’affiche à l’opéra Garnier , un ballet « rare et précieux » d’une seule coulée, composé en trois parties évoquant les trois amours du Chorégraphe pour trois traditions culturelles, véritable reflet des âmes signifiées par trois villes, capitales des grandes écoles de danse : Paris, New-York, Saint-Pétersbourg, et tel un triptyque chacune des ces villes brillant de tout l’éclat d’une pierre précieuse . La production est confiée à Christian Lacroix, grand couturier et célèbre peintre pour la conception des costumes, de l’harmonisation des couleurs des superbes toiles de fond dont les dessins de bijoux dans leurs couleurs miroitantes s’identifient avec chacune de ces villes. Ce sera d’abord Paris et l’école française qui fera briller par la danse les reflets délicats de ses « Emeraudes » dans les vibrations d’une immense pierre verte profonde et transparente qui s’épanouiront sur la musique d’une grâce infinie de Gabriel Fauré. Deux couples de danseurs Laetitia Pujol et Mathieu Ganio, Claire-Marie Osta et Benjamin Puech mèneront la danse jusqu’à l’admirable figure de la fleur verte avec le corps de ballet qui s’épanouit délicatement sur le Scherzo de Fauré extrait de Pelléas et Mélisande.
Le deuxième volet du triptyque dessine un incandescent « Rubis » qui préside à une chorégraphie contemporaine qui plonge son inspiration dans la comédie musicale américaine de Broadway : nous sommes en effet à New-York et ici tout bouge, tout saute, tout s’enflamme sur la musique de Stravinski (un extrait de « Capriccio » pour piano et orchestre avec l’infaillible Christine Lagniel au piano) une symphonie en rouge-rubis avec Aurélie Dupont et Mathias Heymann, (nouvel Etoile nommé en 2009) virevoltant avec une grande maîtrise entouré du corps de ballet pour faire briller les moindres reflets de ces »Rubis ». Enfin le troisième volet resplendit de tous les feux d’une guirlande de « Diamants » aux éclats d’une somptueuse brillance enveloppant quatre des cinq mouvements de la troisième symphonie de Tchaïkovski « une musique difficile que la danse fera aimer » dira Balanchine. Nous sommes alors à Saint-Pétersbourg dans l’évocation de Marius Petipa et des splendeurs du ballet russe du temps des Tsars avec le retour du Tutu pour des danses enflammées d’une souveraine dignité dans leur mouvement d’ensemble parfaitement mis en place. Le corps du ballet enveloppe Emilie Cozette et Christophe Duquenne qui dans le moindre de leur pas livre une souveraine leçon de liberté et de force intérieure. « Voyez la musique, dira Balanchine et écoutez la danse »…
Claude Ollivier (27 Octobre 2009)
+ « Joyaux » de Balanchine à l’opéra Garnier jusqu’au 18 Novembre 2009, 19h.30 Tel 08 92 89 90 90 et par internet : www.orchestredeparis.com
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Concert Symphonique - Soirée Mozart et Brahms
La Clarinette de Mozart
L’orchestre de Paris nous a offert à la salle Pleyel une soirée rarissime (23 Octobre) avec entre autre la clarinette de Pascal Moraguès qui a fait vibrer son public avec le concerto pour clarinette en La Majeur K622. En écoutant cette admirable page mozartienne je pensais à ce qu’écrivait Berlioz sur l’ instrument préféré de Mozart : « Ce beau soprano instrumental, ce retentissement si riches d’accents pénétrant, gagne dans le solo en délicatesse, en nuances fugitives, en affectivités mystérieuses ce qu’il perd en force et en puissants éclats. Rien de virginal, de pur comme le coloris donné à certaines mélodies par un virtuose habile... et c’est celui de tous les instruments à vent qui peut le mieux faire naître, enfler, diminuer et perdre le son…de là la faculté précieuse de produire le lointain, l’écho, l’écho de l’écho, le son crépusculaire » ( Berlioz : traité d’instrumentation et d’orchestration) et on comprend bien que la clarinette comme celle de Pascal Moraguès dans ce concerto en La porte en elle-même le mystère du son pour lequel Mozart a donné le meilleur de lui-même.
Composé en 1780, (l’année des grands chefs d’oeuvre : le Quintette à cordes K614, la Clémence de Titus, la Flûte Enchantée, puis viendra le Requiem, et ce concerto dédié à son ami clarinettiste Anton Stadler : l’allégresse du premier et du dernier mouvements, la tendresse du mouvement lent en font une œuvre solaire propice au sentiment fraternel et à l’apaisement plus proche de l’intimité et de la délicatesse de la musique de chambre que d’un certain dramatisme exacerbé…Un message parfaitement assimilé par Pascal Moraguès, première clarinette solo de l’orchestre de Paris et depuis 1981 professeur au conservatoire national de musique et qui a su livrer à un public subjugué par un grand moment de communion mozartienne enveloppée par la direction de Christoph Eschenbaah tout en complicité dans les moindres accents de la clarinette...
On peut retrouver au disque Pascal Moragués entre autre dans le Quintette avec clarinette de Mozart K.381 (Euravent) et le quatuor pour la fin des temps d’Olivier Messiaen avec le trio Wanderer (Harmonia Mundi).
Claude Ollivier
+ Prochain concert de l’Orchestre de Paris 18 et 19 Novembre 20.00 Salle Pleyel : Bizet (jeux d’enfants, petite suite d’orchestre, symphonie n°1) – Beethoven ( concerto pour violon). Paavo Järvi direction, Janine Jansen violon. Res. 01 42 56 13 13 ou www.orchestredeparis.com
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Giselle
Giséle ou " le langage de l’âme "
C’est la reprise à l’opéra Garnier de l’œuvre phare du ballet Classique « Gisélle », chef d’œuvre admirablement mis en espace par le ballet de l’opéra de Paris dans la version de Patrice Bart et Eugen Polyakov qui ont adopté la chorégraphie de Jean Coralli et Jules Perrot transmise par Marius Petipa qui a rejoint la grande tradition du ballet anglais et russe. C’est l’histoire toute simple d’une jeune et séduisante paysanne Gisèle, éperdument amoureux jusqu’à la déraison d’un grand et séduisant seigneur, léger et asses inconscient, au détriment de Hilarion, un pauvre paysan de son milieu , et qui de ce fait s’achèvera dans la tragédie en la faisant entrer dans le royaume des ombres, les « Willis ».
Une histoire qui se situe donc dans l’imaginaire, entre le réel et le mythe, sur une musique riche et très expressive de Adophe Adam , dans les décors réalistes du premier acte (maisons de paysans) , pour déboucher au deuxième acte dans le fantastique de ruines gothiques sur fond de clair de lune, hanté par les apparitions mystérieuses des Willis ( les âmes des fiancés mortes le jour de leur noce…). La danse va alors transcender ce conte en le transfigurant par le drame intérieur des âmes et le mouvement incessant des danseurs fera le lien entre ce qui habite l’homme dans la vie réelle et son appel pressant en son destin surnaturel : « Gisèlle, dira Serge Lifar, c’est le langage de l’âme ».
On retrouvera Isabelle Dupont, une prestigieuse étoile du ballet qui incarne une Gisèlle fragile et très juste dans sa lutte intérieure incessante qui s’exprimera surtout dans son jeu exceptionnel des « pointes » pour signifier son voyage irréel dans le monde de ombres. Elle est suivie par le jeune nobliau Albrecht de Nicolas Le Riche qui impose son personnage habité par une grande émotion dans ses pas toujours bondissants et très maîtrisés révélant bien son âme tourmenté jusque dans la mort. Ce sera aussi l’Hilarion de Karl Paquette rayonnant de simplicité et de spontanéité jusque dans son admirable jeu de pas.
Et tout le ballet dans une pure et superbe harmonie d’ensemble fait corps autour des solistes dans un chef d’œuvre chorégraphique inusable qui fait encore aujourd’hui les grandes heures du Ballet de l’opéra de Paris
Claude Ollivier
+ Gisèlle à l’opéra Garnier jusqu’au 12 Octobre. Tel. 08 92 89 90 90. Et internet : http://www.operadeparis.fr
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Le Barbier de Séville
Rossini au sommet
C’est la cinquième reprise de la belle et savoureuse réalisation du Barbier de Séville à l’opéra Bastille dans la mise en scène de Céline Serreau qui pousse sa réflexion sur la profonde humanité de cet opéra tout en soulignant la dimension comique de la musique qui dans ces reprises successives jusque là n’ a pas souffert un instant du message souterrain qui le soutien « il faut atteindre, dit-elle, un certain niveau de profondeur pour faire rire » : on rit pour mieux penser.. On retrouvera donc le beau tableau des collines afghanes (décors de Jean-Marc Stehlé et Antoine Fontaine, les lumières de Geneviéve Soubirou sur fond de ciel bleu étoilé) qui ouvre l’opéra avec une troupe de Talibans prêts à donner du sabre et de la sérénade (les beaux chœurs de l’opéra). Une tour se dresse, elle est habitée par un vieux chef de guerre le barbon Bartolo qui enferme dans sa forteresse la belle Rosine qu’il voudrait épouser mais qui a évidemment son cœur ailleurs. Elle n’apparaitra qu’à travers les persiennes d’un vieux moucharabien.
La scène tourne pour faire apparaître la maison du Barbon de style baroque islamiste avec son patio mauresque, ses mosaïques turquoises, sa fontaine, ses balcons et ses escaliers avec ses grilles en fer forgé devant protéger l’intimité drastique de la demeure emprisonnant le belle Rosine. Le troisième acte ouvre sur le somptueux salon du Barbon, ses tapis rouges avec ses divans et ses multiples coussins qui au fil de l’action seront projetés au loin par Rosine pour laisser la place à un jardin et à une terrasse légèrement éclairée qui lui permettront d’échapper à son maître et de retrouver son amant Almaviva et son Figaro qui la délivreront de toute l’emprise de la tradition islamiste de sa « burka » bleue. La scène se transforme alors en oasis avec des arbres qui surgissent devant et derrière le couple qui s’éloigne au loin , fort de leur amour libéré. Du grand art scénique.
La distribution annoncée est en partie renouvelée avec surtout dans le rôle de Rosine la mezzo-soprano française Karine Deshaye , premier prix des concours Voix d’Or en 2001 et Voix nouvelle 2002 et finaliste du concours Placido Domingo. Basilio c’est la grande Basse Georgienne Paata Burchuladze , voix du Commandeur dans le Don Giovanni au Festival de Salzbourg et basse favorite de Karajan … Se retrouvent sur la scène Le Bartolo du baryton italien Alberto Rinaldi et le ténor italien Antonino Siragusa qui fait ses débuts à l’opéra de Paris dans le rôle du Comte d’Almaviva. La truculente soprano suisse Jeannette Fisher reprend son rôle de Berta et George Petean celui de Figaro. C’est le chef italien Bruno Campanella, un pur rossinien, qui dirigera l’orchestre et les chœurs de l’opéra de Paris.. Ne manquez pas ce spectacle de rêve.
Claude Ollivier
+ A l’opéra Bastille : Le Barbier de Séville de Rossini jusqu’au 14 Octobre et sera repris pour dix représentations du 26 Mars au 13 Avril 2010. Reservation à www.operadeparis.fr ou 08 92 89 90 90.
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Fêtes baroques et grandes journées Grétry - Saison 09/10
Si Versailles m’était chanté...
Le Centre de musique baroque de Versailles consacre ses traditionnelles « Grandes journées » à André Ernest Modeste Gretry (1741-1813), l’un des compositeurs majeurs de la fin du XVIII° siècle français et injustement méconnu… Pourtant c’est un authentique citoyen de l’Europe, originaire de la principauté de Liège, accueilli à Paris ou il devient avec Gluck l’un des musiciens préférés de la Reine Marie-Antoinette et ses œuvres furent jouées plus que tout autre compositeur dans tous les pays d’Europe, jusqu’en Russie ! Traduit en italien, en anglais, en allemand, en suédois, en russe ses œuvres furent en effet données pendant près d’un siècle dans tous les théâtres d’Europe : un compositeur français du XVIII°siécle français vite considéré comme le plus joué à travers le monde…Il était donc temps de lui donner toute sa place dans ces « Grandes journées » du Centre de musique baroque de Versailles avec ses opéras comiques, ses ballets, sa musique de chambre et sa musique sacrée : une occasion nouvelle de « mettre en musique » dans sa meilleure tradition le château de Versailles.
Gretry vit naître l’opéra comique et concourut largement à en faire le genre emblématique de cette fin de siécle : Rameau, Leclair et Madame de Pompadour se sont éteints depuis quatre années et avec eux les grandes heures du règne de Louis XV, les années du Barry ( 1769-1774) seront certes celles de ses premiers succès du jeune compositeur mais ce sera l’arrivée de la jeune Dauphine Marie Antoinette (1770) qui consacrera son triomphe qui se prolongera tout au long de la révolution et de l’Empire : certes Grétry pour ce faire ira jusqu’à remettre en cause ses acquis et de ce fait ouvrira les portes du Romantisme musical. On comprend que les « Grandes Journées Grétry, le musicien de Marie Antoinette » privilégient dans son programme des extraits de ses ouvrages lyriques en éclairant les facettes nouvelles d’un nouveau genre théâtral en musique : le comique bourgeois ( l’Amant jaloux ) le pathétique du drame séculaire (la tragédie « Andromaque » sur le livret de Racine), la somptuosité orchestrale et chorale d’une œuvre de circonstance (« Cephale et Procris ») ainsi que l‘épanouissement du grand Ballet (« La belle et la Bête » un spectacle-pantomime librement adapté de l’opéra comique « Zemire et Azor ») . Autour de ces redecouvertes se grefferont plusieurs programmes de musique de chambre et de musique sacrée. Faut-il rappeer que de part et d’autre de ces « Grandes Journée » les Fêtes Baroques traditionnelles resteront consacrées aux grands compositeurs de Louis XIV avec quelques concerts-événement comme la recréation d’ « Amadis »de Lully en coproduction avec les opéras d’Avignon ( 24 et 26 Janvier) et de Massy (6 et 7 Février) , et des conférences débats ou « Rencontres de menus Plaisirs » animées par des musicologues et interprétes..
Claude Ollivier
+ Les grandes Journées Grétry au centre de musique Baroque du château de Versailles10 Octobre : « les Favoris de Marie Antoinette », 17 Octobre : « La Belle et la Bête », 18 Octobre : « Andromaque », 10.13 et 15 Novembre « l’Amant Jaloux », 21 Novembre « Cephale et Procris » Rens. Reservation à www.cmbv.fr ou 01 39 20 78 00.
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La fille mal gardée
Le bonheur est dans les prés
« La fille mal gardée » est le plus ancien « ballet d’action » dont la tradition d’un pur classicisme conserve précieusement la mémoire. Elle fut présentée le 1er Juillet 1789 – la veille de la prise de la Bastille...au grand Théâtre de Bordeaux sur une chorégraphie de Jean Dauberval autour du thème pastoral qui évoque de façon pittoresque et très populaire la vie rurale quotidienne avec ses cinq personnages : quatre hommes, une mère acariâtre et sa fille qui sera la danseuse autour de laquelle gravitera tout le corps de ballet.
Le succès fut immédiat tant en Europe qu’en Russie et jusqu’au Mexique et c’est en 1985 que Claude Bessy le montera au Palais Garnier pour l’école de danse de l’opéra de Paris. C’est dire que l’histoire de ce ballet a pu traverser toute l’histoire de la danse en se gardant précieusement de toute lecture moderne et restant résolument jusque dans la musique au stade très pur d’une véritable symphonie pastorale.
La version signée par Frederik Ashton et que l’on retrouve dans la reprise de cette année reste toujours virtuose et humoristique tout en demandant un engagement complet chez les danseurs spécialement avec le couple vedette très exposé durant toute la chorégraphie avec la danseuse Etoile Myriam Ould-Braham, personnalité rayonnante et très intelligente accrocheuse dans le rôle de Lise et de Matthias Heymann autre jeune et prestigieux danseur Etoile toujours parfaitement maître de ses pas de par une technique très assumée.
Leur grand professionnalisme culmine dans la danse des rubans ou dans le dernier tableau et la portée vertigineuse des deux amants exaltant leur amour retrouvé. Il faut mentionner aussi le rôle travesti de la Mère Simone de Stephane Phavorin, jouant de la facétie dans ses mimes et ses élans que l’on retrouve chez le truculent Alain , l’excellent jeune danseur Simon Valasco. Le bonheur est complet « il est dans les près »
Claude Ollivier
+ Au Palais Garnier jusqu’au 15 Juillet. Tel. 08 92 89 90 90 et Internet : www.operadeparis.fr
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Proust ou les intermittences du coeur
Intermittences du coeur
C’est la reprise de la chorégraphie de Roland Petit sur « Proust ou les intermittences du cœur » rejoignant ici la grande tradition de la littérature française et « la recherche du temps perdu » qui entre ainsi dans le grand répertoire du ballet de l’opéra de Paris. Un ballet « qui fait danser les sentiments » et qui fait pénétrer au cœur même de l ‘univers complexe de Marcel Proust.
Sans réaliser une sorte de transposition par la danse du roman le chorégraphe a choisi diverses séquences du récit ou treize tableaux quasi cinématographiques tout en mouvement révélant bien l’atmosphère proustienne autour de ses cinq personnages à la recherche du temps perdu : Albertine, Proust le jeune, Morel, Monsieur de Charlus et Saint Loup : c’est un tableau impitoyable sur les mœurs du temps de la bourgeoisie et de l’aristocratie de la « belle époque », peint par la danse « à peine une couleur, un parfum passager, des impressions en demie –teinte… » Les scènes se succèdent sans continuité apparente mais animées par le même souffle poétique : la première partie est centrée sur le bonheur du couple et de l’amour et la deuxième sur la rupture et la mort. Cinq danseurs entourés du corps du ballet seront tous très engagés dans le rythme et l’esprit même de la chorégraphie de par la délicatesse, l’émotion et l’intelligence de leurs pas .
Ce sera d’abord dans le rôle d’Albertine Cecilia Ciaravola, récemment nommée « Etoile » , jeune et déjà prestigieuse danseuse, rayonnante d’intelligence et de sensualité à la Proust et qui a su surtout transcender son personnage en lui donnant un forte intériorité. Le jeune Proust, c’est Henri Moreau qui reprend le rôle de ce personnage si difficile à pénétrer dans sa fragilité : la technique est éblouissante et parfaitement maîtrisée. On retrouve Stéphane Bullion qui campe Morel, personnage profondément ambigu et typiquement proustien dessiné superbement par le jeune danseur. Manuel Legris toujours égal à lui-même, reprend le rôle de Monsieur de Charlus qu’il habite avec une grande maîtrise : sa danse s’impose d’elle même et reflète son humanité pervertie et un sens aigu de la souffrance et de sa révolte intérieure.
Enfin ce sera Florian Magnenet pour un Saint-Loup toujours en quête de l’impossible dans son « combat des anges » entraîné par Morel dans le vice. Le ballet s’achève dans la dernière séquence sur l’idée de la mort qui dans le fond traverse toutes ces « intermittences du cœur » La musique soigneusement choisie par Roland Petit épouse le ballet dans le moindre de ses accents qui deviennent quasi-Proustiens : on y retrouve Beethoven, Camille Saint-Saëns, mais aussi Gabriel Fauré, Renaldo Hahn, César Franck, Claude Debussy et Raoul Wagner qui accompagne le dernier tableau le plus noir et plus âpre mais d’une puissance fulgurante. « Un ballet en noir et blanc, dira Roland Petit, qui nous plonge dans l’univers de Proust marqué par la malice opposée d’abord à l’amour, puis à la désagrégation et à la mort. ».
Claude Ollivier (27 Mai 2009)
+ Au Palais Garnier : « Proust ou les intermittences du cœur », ballet de Roland Petit .Jusqu’au 8 Juin 19h.30. Tel 08 92 89 90 90 ou Internet: www.operadeparis.fr
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Tosca - l'oeuvre de Puccini à l'Opéra Bastille dans la production de Werner Schroeter
Inusable Tosca
" Tosca " retrouve donc son affiche à l’opéra de Paris pour sa cinquième année consécutive, c’est dire le succès de cette représentation puccinienne et de son beau chant, dans la mise en scène du célèbre cinéaste allemand Werner Schroeder dans les mêmes décors de Alberte Barsacq, une nouvelle distribution avec à la tête de l’orchestre de l’opéra le maestro suédois Stefan Solyam. On retrouve donc la volonté évidente de Schroerer dans sa scénographie très réussie d’aller au fond même du message de l’amour sacrifié de Tosca. La mise en scène reste en effet parfaitement adaptée aux dimensions de la grande scène de l’opéra Bastille avec ses décors immenses toujours aussi lourds et laids dans leur grisaille obsédante mais qui a le mérite de laisser toute sa place à la musique et au beau chant puccinien. On peut regretter quelques abstractions gratuites purement décoratives tels ces visages encadrés sur le fond de la scène qui miment les invectives du sinistre Scarpia ou au troisième acte ces soldats ivres mort qui découvrent le cadavre de leur camarade sans doute pour ajouter à l’atmosphère opprimante du dernier tableau et devant signifier avec insistance la mort annoncée de Mario et de Tosca dans un univers de bunker.
Mais le Chant sans qu’il soit exceptionnel s’impose de bout en bout de l’opéra : Tosca sera la soprano roumaine Adina Niterscu : la voix est claire, juste et elle campe son personnage avec beaucoup de vérité humaine, d’émotion et d’autorité.
Elle ira sans faiblir jusqu'au bout de son amour sacrifié pour Mario Cavaradossi, le vaillant ténor russe Mikhail Agafonov bien engagé dans son personnage, le timbre est puissant dans ses aigus bien posés. Le redoutable et cruel Scarpia, homme de pouvoir « qui fait trembler tout Rome » c’est la basse anglaise James Morris que l’on a plaisir à retrouver dans ce rôle : le jeu est exceptionnel de vérité. Notons aussi la prestation de Matteo Peirona pour un Sagrestano toujours aussi naïf que simplet. Les chœurs et l’orchestre de l’opéra de Paris sont au meilleur de leur forme animés avec précision et beaucoup d’attention par Stefan Solyom qui faisait au pupitre ses débuts à l’opéra national de Paris. Une Tosca inusable !!!.
Claude Ollivier (20 Mai 2009)
+ Tosca de Puccini à l’opéra Bastille jusqu’au 5 Juin, 19h.30. Tel. 08 92 89 90 90 et Internet : www.operadeparis.fr
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L'affaire Makropoulos
" Grande Dame sans âge " de Janacek…
C’est la reprise à l’opéra Bastille de l’opéra de Janacek « L’affaire Makropoulos » qui en 2007 avait remporté un suffrage unanime et que l’on a donc plaisir à retrouver intact : servi par la même troupe sous la baguette du chef tchéque Tomas Honus, avec les mêmes interprètes plus libérés pour aller plus au fond de la musique extrême de Janacek qui envahit toute l’opéra dans la mise en scène du Polonais Krzystof Warlikowski.
Il faut rappeler que « l’affaire Makropoulos » est une pièce étrange du poète Tchéque Karel Capek sur laquelle Janacek a composé son opéra. Elle conte l’histoire d’une femme Emilia Marty qui après avoir bu un élixir de longévité a vécu trois cents ans sous des identités diverses et dans des lieux différents. Et lorsque la pièce commence Emilia est revenue à Paris où elle est née pour y terminer sa longue vie qu’elle ne veut plus prolonger. C’est alors qu’elle entend parler par hasard d’un procès dans lequel elle a été jadis impliquée et dans les archives duquel elle pourrait retrouver le document sur lequel est consigné la recette de l’Elixir…elle fera tout alors pour le récupérer et elle achèvera sa longévité par une mort désirée…Un livret extraordinaire qui sur certains points rejoint la tragédie même de l’artiste - de Janacek en l’occurrence - devant l’indifférence d’un monde et suggérée par le metteur en scène situant l’action au cœur d’Hollywood avec les images de Marilyn Monroe et de sa fin tragique. Janacek va composer alors un véritable chef d’œuvre lyrique « une musique obsédante » aux accents souvent wagnériens, toute centrée sur la parole qui fait vivre la musique : le chant ici devint véritable théâtre.
Rien à redire sur la scénographie avec ses décors, ses costumes et sur les superbes lumières de Felice Ross qui se coulent tout naturellement dans la musique qu’elle sert dans ses moindres accents . Aucun bavardage visuel inutile mais un resserrement constant des situations qui ont toujours comme point de mire de mieux entrer dans la profondeur de la musique et de pénétrer dans le fond des âmes et tout spécialement dans celle de son héroïne Emilia Marty admirablement campée par la soprano allemande , l’irradiante Angela Denoke, qui s’identifie à son personnage en lui donnant une vérité humaine toute transcendante jusqu’à sa mort qui parachève l’opéra.
On retrouve autour d’elle des personnages bien en situation avec Vincent le Texier imposant son beau timbre de baryton, ou le ténor américain Charles Workman très en situation, en bref toute une distribution en parfaite affinité avec l’œuvre de Janacek. Enfin on ne peut que redire que si cette œuvre difficile a trouvé son unité c’est bien grâce à la baguette du tchèque Tomas Honus qui l’a servie avec une intensité, un style et une autorité musicale rayonnante de vérité.
Claude Ollivier (6 Mai 2009)
+ « L’affaire Makropoulos » de Janacek à l’opéra Bastille jusqu’au 18 Mai 20h.00 www.operadeparis.fr
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Gat, Duato, Preljocaj au Palais Garnier
« Hark » ! Ecoutez…
Trois grands noms de la danse contemporaine sont actuellement à l’affiche de l’opéra Garnier : trois grands chorégraphes qui sur bien des aspects se rejoignent dans une sorte d’inventaire par la danse de ce que porte l’homme en lui-même et dans ses relations. « Hark ! you schadows that in darkness dwell… » « Ecoutez ombres, peuples des ténèbres… » chante John Dowland, compositeur élisabéthain du XVII° siècle (1600) pour envelopper dans sa mélodie d’un intensité bouleversante le chemin d’écoute du ballet du chorégraphe israélien Emanuel Gat, une musique de sil
Commentaires
CD
Je cherche le disque d'Annick Chéreau concernant prière et sophrologie
Par Monique Schmutz, le 07 July 2010
émission du 11 janvier à 14h30
Merci pour cette émission formidable
Le 11 janvier sous le titre de musiques sacrées venant de l'Est, j'ai particulièrement apprécié la chorale.
Pouvez vous me donner les références de vos disques utilisés lors de cette émission.
Une auditrice fidèle
Friederike Anglès d'Auriac
Merci!
Par Friederike Anglès d' Auriac, le 25 January 2010