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Décès de Mgr Louis Simmoneaux
Monday 26 01 20098 évêques, une soixantaine de prêtres, des diacres et plusieurs centaines de fidèles étaient présents autour de Mgr Aumonier pour célébrer les obsèques de Mgr Simonneaux. Une célébration "en famille", sobre et émouvante pour dire "A Dieu" à celui qui a été le pasteur du diocèse de Versailles pendant 21 ans.
Mgr Jean-Charles THOMAS, qui fut le coadjuteur et le successeur de Mgr Simonneaux, Mgr Thierry JORDAN, archevêque de Reims, qui fut le vicaire général de Mgr Simonneaux pendant deux ans, Mgr Michel Coloni, archevêque émérite de Dijon, Mgr Yves Bescond, évêque auxiliaire émérite de Meaux, qui fut vicaire général de Mgr Simonneaux durant les quatre premières années de son épiscopat, Mgr Pascal ROLLAND, évêque de Moulins ; Mgr Stanislas LALANNE, évêque de Coutances et Avranches, qui furent ordonnés prêtres par lui. Mgr Nicolas SOUCHU, évêque auxiliaire de Rennes, Dol et Saint Malo, son diocèse d’origine, d’où est issu aussi Mgr Jean-Paul JAMES, évêque de Beauvais, Noyon et Senlis.
Mgr Aumonier a invité l’assemblée à s’unir à la prière des prêtres et des diacres vivants ou défunts, notamment ces 57 prêtres et ces 16 diacres auxquels il a imposé les mains, avec les religieux et religieuses, vierges consacrées, laïcs, en particulier ceux qui furent ses très proches collaborateurs, et aussi ceux et celles qui jusqu’au dernier jour, au dernier instant, ont été un soutien et une présence pleine de foi, de respect, et d’affection.
Homélie de Mgr Aumonier
1. Père SIMONNEAUX, vous aviez choisi comme devise « Avec l’Évangile de la paix » (Eph 6,15). L’Évangile de la paix, c’était votre programme et votre manière de vivre. Tous ceux qui vous ont bien connu ont vu cela aux moments de calme et aussi aux moments de tempête. C’est pourquoi nous avons aimé réentendre saint Paul dans ses paroles aux Éphésiens.
On pourrait les reprendre une par une, pour que les uns et les autres nous nous souvenions qu’au jour de notre baptême, nous avons revêtu le Christ, et que notre armure de pauvre, c’est l’Évangile, c’est Jésus lui-même, proche, disponible, donné, jusqu’au terme. Le livre des Écritures déposé sur le cercueil, comme il l’est sur les épaules de l’évêque lors de son ordination, nous le rappelle.
Cher « Père Si », nous voudrions aussi faire mémoire des dons de Dieu, en parlant un peu de vous.
Vous aimiez la simplicité et le genre panégyrique vous déplaisait fort. Vous ne voudriez pas que l’homélie du jour de vos obsèques y ressemble si peu que ce soit.
Nous souhaitons pourtant rendre grâces pour votre personne et votre épiscopat, car nous mesurons - et depuis longtemps - combien nous avons eu la chance de vous avoir reçu pour père, pour pasteur, pour prédécesseur.
Beaucoup ici pourraient citer tel ou tel trait de simplicité, de fermeté affectueuse, d’accueil de tous. Pour reprendre la formule plaisante d’un de vos anciens vicaires, vous étiez « un homme classique en capacité de nouveauté par confiance dans ses collaborateurs ».
Évoquer votre chemin apostolique est un devoir filial et fraternel. C’est en même temps un regard de foi et de reconnaissance envers Dieu qui agit en son Église dans l’histoire des hommes, vit au milieu de son peuple envoyé dans le monde, à chaque époque, et lui permet de relever les défis de l’heure.
Quels étaient-ils alors ces défis ? Pas seulement l’accroissement de la population sur le territoire du diocèse, qui allait plus que doubler, ni l’organisation du nouveau diocèse de Versailles issu de la restructuration des diocèses de la région parisienne en 1966, ni la construction de nouvelles églises… Ce furent en même temps : la mise en œuvre dans le diocèse des décisions, des réformes et des orientations du concile Vatican II, les débuts de sa « réception » pratique, par la mise en place des différents conseils dont l’évêque doit s’entourer, la collaboration et la formation des laïcs, l’appel et l’ordination des diacres permanents. Ce fut aussi de faire face à deux épreuves majeures. La première fut la remise en cause du sacerdoce et les débuts d’une crise des vocations, qui ne nous a pas dispensé de sa suite…. La deuxième épreuve fut celle de l’incompréhension, et même de la part de certains catholiques, celle du refus d’accepter certains des enseignements et des décisions majeures du dernier concile œcuménique. L’évêque a montré là, une fois de plus, sagesse, force et patience… Nous avons appris avec lui à ne pas gémir, mais à prier et à prendre des initiatives, comme la création du vicariat à la solidarité et en 1987 celle de la première maison saint Jean-Baptiste pour les candidats au sacerdoce.
De la période que je viens d’évoquer, nous avons connu les renouveaux, les transformations et aussi les soubresauts dans le monde, dans l’Église, en notre pays, sur notre diocèse. Les acteurs et les témoins de ces années, qui ont travaillé sous la houlette de Mgr SIMONNEAUX, savent bien ce qu’elle a d’abord été : une période de semailles et d’audace missionnaire, et aussi d’exigence et de profondeur spirituelles et théologiques. Nous en sommes les heureux héritiers. L’Évangile a été annoncé, la foi a été gardée, je ne dis pas sauvegardée comme on sauvegarde les chefs-d’œuvre d’un musée, mais transmise, comme on transmet la vie.
Au cours de la dernière messe chrismale qu’il concélébra le 29 mars 1988 à Vélizy, avec le presbyterium, l’évêque le dira en concluant ainsi la rétrospective de ses 21 ans d’épiscopat : « Ma confiance en Dieu pour l’avenir du diocèse n’est pas dans l’immobilisme, mais dans l’aventure. Une aventure de la foi au Christ qui nous a tous consacrés par l’onction pour porter la bonne nouvelle du salut. » Et il concluait par ces mots « Avancez au large ! »
2. Le Père SIMONNEAUX a été mystérieusement préparé à sa mission. D’abord en famille, par la foi solide reçue des parents qui lui donnèrent pour saint patron Louis de Poissy. Baptisé le 19 janvier 1916, à Servon-sur-Vilaine près de Rennes, Mgr SIMONNEAUX commence à répondre à l’appel de Dieu. Il débute le parcours habituel de l’époque : le petit et le grand séminaire à Rennes, puis à Rome. Mais, il est appelé en 1940 à servir comme officier courageux puis, comme des milliers de séminaristes, comme le Père Congar, il est fait prisonnier au camp de détention de l’Oflag de Dresde appelé le « séminaire des barbelés ». Il y devient ami, confident, et disciple du philosophe Jean GUITTON. Ce dernier a confié que le passage par ce creuset a permis au laïc et au futur prêtre de mieux découvrir l’un l’autre ce qu’était un laïc fidèle du Christ, un prêtre fidèle du Christ, de découvrir le mystère de l’Église, présente non pas hors du monde mais en plein monde…. Comme l’a bien vu un de ses frères prêtres : « Les années 40-45 nous ont donné de ces hommes, recréés, capables de tout envisager, et guéris à l’avance des grandes maladies de la gouvernance… »
Après la Libération, et la fin de ses études à l’Institut Catholique, une fois ordonné prêtre le 10 mars 1946 à Notre-Dame de Paris par le cardinal SUHARD, le Père SIMONNEAUX va regagner son diocèse de Rennes, où il s’occupera beaucoup des jeunes et où, comme aumônier, il initiera les premiers pélerinages étudiants de l’Ouest vers Chartres, avant de devenir premier aumônier de Pax Christi à Rennes, puis vicaire général. Tout ceci l’a préparé, et il en était rempli de gratitude.
Quel était le ressort intérieur de sa mission ? C’était, très explicitement et très consciemment l’amour des frères, de tous les frères, à cause de Jésus et en Jésus.
Dès le premier jour, au moment de sa consécration épiscopale, ici même, Mgr GOUYON, l’archevêque de Rennes, avait invité le nouvel évêque, à être « vicaire de l’amour ». C’est bien cette orientation que Mgr SIMONNEAUX voudra suivre durant tout son épiscopat, et qui modèlera son cœur de pasteur. Et c’est ce qu’il confiera lors de ses adieux :
« Je vous ai tous et toujours aimés. C’est en quoi j’ai conscience aussi d’avoir été près de vous, pauvrement peut-être, mais sincèrement, “ Vicaire de l’Amour ” ».
Le Père SIMONNEAUX a transmis le testament de Jésus par la prédication et la célébration de l’Eucharistie. Il l’a fait dans la simplicité du don quotidien et la calme certitude que c’est Dieu qui dirige son Église. Par sa bouche et par son exemple, par sa vie eucharistique, il a été le serviteur de Jésus. Les paroles de l’Évangile ont ainsi résonné dans les cœurs : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 12-13)….
C’est cet amour qu’il servait. Il invitait les chrétiens à en être témoins, leur rappelant sans cesse l’urgence de la mission, comme il le fit dans une lettre de Carême, en mars 1968, dans une exhortation qui n’a pas vieilli d’une ride :
« Missionnaire, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que vous, tel que je vous connais, jeune de 17 ans en classe terminale, et vous salarié de chez Renault avec trois enfants, et vous Madame l’épouse du notaire, et vous que meurtrit l’infirmité ou la maladie, et vous tous, vous avez en votre cœur dix fois assez de plénitude de Jésus-Christ pour aller le partager avec les autres qui ne le connaissent pas ou qui l’ont oublié. [...] Vous qui savez ou pressentez qui est Jésus-Christ : un autre vous-même, plus fort, plus vivant que vous (comme un amour de fiancés est vivant en chacun des deux), pouvez-vous ne pas le dire aux autres ? [...]
Comment être missionnaire ? En sortant de votre coquille, de votre confort religieux, en ne regardant pas votre Foi comme un trésor à enfouir. Et en étant dans votre vie – oui, dans votre vie, tout simplement – des témoins du Christ soucieux de lui ressembler, d’agir comme il le ferait et d’expliquer pourquoi vous agissez ainsi, si on vous le demande.
Voulez-vous faire mieux et plus encore ? Je le souhaite et c’est possible. Alors mettez-vous en équipe avec des amis ; réfléchissez sur votre vie, votre foi, votre comportement. Votre action missionnaire en deviendra plus efficace parce que là où plusieurs sont rassemblés en son Nom, Jésus-Christ, comme il le dit lui-même, est présent au milieu d’eux et non seulement en eux .
Cela vous pouvez le faire, j’en suis sûr. Pas seul, mais avec vos prêtres qui sont là pour vous aider. »
Frères et sœurs, oui, rendons grâces pour le pasteur qui nous fut envoyé comme serviteur et image du Bon Pasteur, du Pasteur plein de bonté, et osons dire avec lui, avec les mots mêmes de son testament :
« Tu m’as aimé le premier, Seigneur. C’est pour cela qu’il faut continuer. (…) Évide mon cœur pour qu’il y ait plus de place. et remplis-le de ta présence de toi, qui es miséricorde et amour » (Testament, 1978)
Que l’Esprit le garde et nous garde à jamais dans le Magnificat de Marie, Mère du Christ et de l’Église !
Monseigneur Louis Simonneaux, évêque émérite du diocèse de Versailles est décédé le 22 janvier 2009 à Versailles à la maison de retraite Saint-Louis. Ses obsèques ont été célébrées à la cathédrale Saint-Louis à Versailles ce mercredi 28 janvier à 14h30.
Pendant 21 ans, évêque du diocèse de Versailles (de 1967 à 1988), il s’était retiré ensuite à Rennes dans son diocèse d’origine. 17 ans, plus tard, il revenait s’installer en Yvelines dans la maison de retraite Saint-Louis qu’il avait créé pour les prêtres anciens.
SON PORTRAIT
Né le 19 janvier 1916 à Servon-Sur-Vilaine près de Rennes (Ille-&-Vilaine). Etudes au grand séminaire de Rennes (1933-35), au Séminaire Français de Rome et à l‘Université Grégorienne (1935-37). Parti à la guerre comme sous-lieutenant dans l‘Infanterie, sa participation aux combats en Sarre et sur la Somme lui valut une citation et la Croix de guerre avec palme. Fait prisonnier le 18 juin 1940, il ne fut libéré qu’en juin 1945. Interné à l‘Oflag IV D à Dresde, il y continua son séminaire sous la direction de prêtres prisonniers et de Jean Guitton dont il devint le disciple. A son retour en France, licence en théologie, certificats de Lettres à l‘Institut Catholique de Paris, commencement d‘un doctorat sur Tyrell et le modernisme.
Ordonné prêtre le 10 mars 1946 à Notre-Dame de Paris par le Cardinal Suhard. De 1947 à 1962, il fut aumônier des étudiants à Rennes et l‘initiateur des pèlerinages d‘étudiants de l’Ouest vers Chartres et le premier aumônier de Pax Christi à Rennes. 15 juin 1962, le Cardinal Roques le nomma Vicaire Général, responsable du catéchuménat, de l‘aumônerie de l‘enseignement public, du monde scolaire et universitaire, des missions diocésaines, de Pax Christi, de la Commission du denier du Culte, de la création d‘un secteur de mission ouvrière à Redon, de l‘aumônerie du patronat chrétien.
26 juin 1963, Paul VI, nouvellement élu, le fit prélat.
Nommé évêque de Versailles par Paul VI, le 30 septembre 1967, il prit possession de son siège le 21 novembre, et fut consacré à la cathédrale St-Louis de Versailles le 26 novembre 1967 par le Cardinal Gouyon, archevêque de Rennes. Au sein de la conférence épiscopale il fut membre de la commission du monde scolaire et universitaire (1967-76) et de la commission de la famille (1976-88). A ce titre, il participa au synode romain de 1980 sur la famille. D‘octobre 70 à novembre 1974, il fut membre du Conseil permanent de l‘épiscopat. Sentant la limite de ses forces, il demanda au Pape Jean-Paul II un coadjuteur qui fut nommé le 23 décembre 1986 en la personne de Mgr Jean-Charles Thomas, évêque d‘Ajaccio. Ayant assuré la relève, Mgr Simonneaux, âgé de 72 ans, fit ses adieux au diocèse dans la cathédrale St-Louis, le 5 juin 1988 et se retira à Rennes.
(Paru dans le livre "Les évêques de Versailles" de Dominique Grascoeur)
SA DEVISE
“In evangelium pacis” avec l‘Evangile de paix
cf. Ep 6, 15 “Tenez-vous debout avec aux pieds le zèle à annoncer l‘Evangile de la paix".
CARACTERISTIQUES DE L’EPISCOPAT
Mgr Simonneaux a organisé le nouveau diocèse de Versailles issu de la restructuration des diocèses de la région parisienne en 1966 (création des quatre zones pastorales). Il a mis en oeuvre dans le diocèse les décisions et les orientations du Concile Vatican II : convocation et mise en route du conseil presbytéral, création de conseils pastoraux locaux, d‘un Conseil diocésain des Affaires économiques, appel à la collaboration de laïcs dans des postes de gestion et de responsabilité (économe diocésain, responsable diocésaine de pastorale sacramentelle et liturgique), engagement des laïcs dans la catéchèse et les aumôneries de Lycées (4 à 5 000), développement du catéchuménat, restauration du Diaconat permanent (seize diacres et quatre ministres institués en 1988) et de l‘Ordo Virginum (huit vierges consacrées en 1988), mise en route de filières de formation pour les animateurs laïcs, accueil des courants du Renouveau charismatique. En 1973, il accueillit à Blaru les Bénédictines du Sacré-Cœur de Montmartre.
Pour répondre aux besoins d‘une population toujours plus nombreuse, il construisit 27 lieux de culte (14 églises et 13 relais paroissiaux). Pour assurer une retraite décente aux prêtres et aux religieuses âgés, il fonda la Maison St-Louis, située près du Grand Séminaire de Versailles. Pour accueillir les personnes sans domicile fixe dont le nombre grandissait, il soutint la construction de l‘hôtel social St-Yves par le Secours Catholique dans la propriété du grand séminaire. Dans les années 68, il eut à subir la crise du sacerdoce (18 prêtres quittèrent le ministère) et celle des vocations (fermeture du grand séminaire). Une légère reprise lui permit d‘envisager la possibilité de le rouvrir et il créa en septembre 1987 une année préparatoire à l‘entrée au séminaire. Il dut affronter en novembre 1986 la crise intégriste, avec l‘occupation de l‘église de Port-Marly. Au cours de la dernière messe chrismale qu‘il concélébra, le 29 mars 1988 à Vélizy, avec le presbyterium, il concluait ainsi la rétrospective de ses 21 ans d‘épiscopat : “Ma confiance en Dieu pour l’avenir du diocèse n’est pas dans l’immobilisme, mais dans l’aventure. Une aventure de la Foi au Christ qui nous a tous consacrés par l’onction pour porter la bonne nouvelle du Salut. Avancez au large !”
Population du diocèse 1967-1988 : 687 827 h. - 1 298 340 h.
Ordinations presbytérales : 65 prêtres, 3 par an en moyenne
Ordinations diaconales : 15 diacres permanents
ENTRETIEN EN 2005
« Ne pas se faire mousser. Rester dans l’humilité, les autres font le travail »
En 2005, 17 ans après s’être retiré à Rennes, Mgr Simonneaux revenait s’installer dans les Yvelines dans la maison de retraite saint Louis à Versailles. Sources, le journal du diocèse, l’avait rencontré. (Paru dans Sources n°194, mars 2005).
Depuis votre départ comme évêque de Versailles, quelles ont été les occupations et préoccupations d’un évêque en retraite à Rennes ?
En 88, quand j’ai quitté le diocèse de Versailles, je me suis détaché tout de suite des responsabilités. Prendre sa retraite, c’est facile. On reçoit des missions sans responsabilité. On est immédiatement missionnaire et à taille humaine. Je suis donc devenu aumônier d’une clinique près de chez moi à Rennes pendant 7 ans. J’avais des laïcs avec moi. J’assurais aussi des conférences dans un centre spirituel : chaque semaine, je parlais de la Bible à une cinquantaine de personnes. J’ai aussi suppléé l’évêque de Rennes en assurant des confirmations, des bénédictions de cloches et d’orgues de St-Malo à Redon. Les dimanches ordinaires, je disais la messe chez les clarisses qui étaient mes voisines.
A l’époque où vous étiez évêque de Versailles, vous avez fondé la maison de retraite Saint-Louis, saviez vous déjà que vous y reviendriez ?
Pas du tout. J’ai créé cette maison car il fallait faire quelque chose pour nos prêtres anciens. Il n’y avait pas grand chose dans le diocèse pour les accueillir : deux lieux pour 6 prêtres chacun. On n’avait pas les moyens mais nous avions le terrain de l’ancien grand séminaire et l’union faisant la force, les religieuses du Bon Sauveur nous ont aidés à bâtir. C’est une grande maison avec 20/25 places pour les prêtres et surtout elle peut aussi accueillir des religieuses et des laïcs. C’est très important pour moi. Cela fait une variété de soutien réciproque. C’est pourquoi, ne pouvant plus vivre seul à Rennes, j’ai choisi d’entrer dans une maison de retraite comme celle-là.
Comment se passe ce changement de vie ?
Cela fait 2 mois que je suis arrivé et ce n’est pas si facile. On ne transplante pas un vieil arbre en lui demandant de repartir. De repartir d’une vie de solitaire à une vie communautaire. De casser ses vieilles habitudes, accepter une maison qui a ses règles. Mais « quand tu sera vieux, un autre te ceindra et te conduira là où tu ne veux pas aller » saint Jean. Alors à moi de l’appliquer. Quand on est vieux, on doit céder par la nature ou par nos frères ! J’ai d’ailleurs revu des prêtres. Je les retrouve avec une joie fraternelle.
Vous venez d’avoir 89 ans, vous prenez en quelque sorte une deuxième retraite ?
A 89 ans, j’ai maintenant la responsabilité de la prière, de l’eucharistie. Cela occupe toutes mes journées. Le bréviaire, le chapelet, la prière personnelle. Cela me ramène à une vie plus monastique que missionnaire. Elle suffit à occuper un homme par rapport à Dieu. Offrir sa vie à Dieu, offrir le monde à Dieu. Je suis l’actualité. J’ai été prisonnier 5 ans en Allemagne, je comprends et j’offre la vie du monde actuel. A un certain âge il y a inadaptation aux nouveautés. Quand je vois tous les changements, j’admire mes frères évêque qui portent maintenant les responsabilités.
Recueillis par Bénédicte Bergeron
Par : Marion Duchêne







